Dyslexie et dysorthographie

En bref…

  • un trouble du langage écrit affectant l’identification des mots dans la lecture et ayant des répercussions sur l’orthographe;

  • des limitations aussi sur l’attention, la mémoire, la notion de temps et de séquence;

  • il a de la difficulté à reconnaître le son des lettres qu’il voit et dissocier les lettres qui se ressemblent;

  • il a de la difficulté à reconnaître instantanément des mots qu’il a vu très souvent comme papa et à  maîtriser les règles d’orthographe; mais il est intelligent.

En détail…

De façon habituelle, le terme dyslexie désigne un trouble du langage écrit; cela inclut non seulement la lecture, mais aussi l’écriture et l’orthographe. On parle en fait de dyslexie/dysorthographie. La dyslexie (trouble de la lecture) et la dysorthographie (trouble de l’écriture) forment un ensemble de difficultés durables de l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe chez un enfant ou un adulte qui:

  • a évolué dans un environnement affectif, social et culturel normal;

  • a été normalement scolarisé;

  • présente un niveau intellectuel normal, mais dont les performances en langage écrit sont nettement inférieures aux capacités manifestées dans d’autres domaines;

  • a une absence de troubles sensoriels ou perceptifs (ouïe, vue);

  • a une absence de troubles psychologiques primaires.

 

Cette définition n’est pas vraiment satisfaisante, car elle se limite aux aspects particuliers qui permettent de déterminer les dyslexies/dysorthographies. Elle n’insiste pas suffisamment sur d’autres causes qui peuvent être à l’origine des problèmes de langage écrit: déficits globaux intellectuels, problèmes psycho-affectifs dominants, difficultés d’ordre socio-économiques etc. Il existe deux autres définitions courantes de la dyslexie; une de nature exclusive et une autre de nature inclusive.

Une définition de nature exclusive

La dyslexie, selon la définition élaborée en 1968 par l’organisme Word Federation of Neurology, est un trouble de l’apprentissage de la lecture survenant en dépit d’une intelligence normale, d’une instruction adéquate, d’une bonne acuité auditive et visuelle ainsi que de stimulations culturelles suffisantes. En outre, la dyslexie dépendrait d’une perturbation, souvent d’origine constitutionnelle, des aptitudes cognitives fondamentales. Les tenants de cette définition considèrent en général comme significatif un retard de 12 à 18 mois par rapport au niveau scolaire, chez des enfants de moins de 9 ans.

On critique généralement cette définition en faisant remarquer qu’elle insiste sur ce que n’est pas la dyslexie. De plus, elle implique qu’il faut attendre que l’enfant entre à l’école et connaisse d’importantes difficultés en lecture avant de diagnostiquer le trouble.

Une définition de nature inclusive

La définition exclusive étant jugée insatisfaisante, les chercheurs ont élaboré des définitions inclusives qui mettent l’accent sur des facteurs apparemment présents dans le trouble de  lecture. Leurs études ont permis de préciser les forces et les faiblesses des enfants qui présentent un tel trouble. Selon le comité de recherche de la Orton Dyslexia Society, la dyslexie résulte d’un trouble particulier de langage d’origine constitutionnelle qui se caractérise par des difficultés de décodage résultant d’un trouble du traitement phonologique. Ces difficultés de décodage dépassent largement celles normalement rencontrées à un âge donné, de même que les capacités cognitives et les habiletés scolaires de l’enfant; elles ne sont pas consécutives à un retard global de développement ou à un déficit sensoriel. Selon cette définition, la dyslexie se manifesterait par des difficultés variables à différents niveaux de langage, incluant généralement, en plus du problème de lecture, un problème d’écriture et d’épellation.

Ainsi, la dyslexie découlerait d’un problème plus global que d’un problème particulier d’apprentissage de la lecture. Il s’agirait d’un trouble du développement du langage dont le noyau central serait un déficit du traitement phonologique, tel que mentionné précédemment.

 

Du côté européen, on utilise souvent le terme dyslexie dans son sens large de trouble d’apprentissage du langage écrit, l’ensemble des difficultés constituant le « syndrome dyslexique».

Les manifestations

Les anomalies les plus fréquentes découlant de la dyslexie (trouble de la lecture) se manifestent soit dans

le décodage, soit dans la compréhension ou dans les deux.

 

Les problèmes les plus fréquents sur le plan du décodage sont:

  • des confusions auditives ou phonétiques (a/an, s/ch, u/ou);

  • des inversions (or/ro, cri/cir);

  • des omissions (bar/ba, arbre/arbe);

  • des adjonctions (paquet/parquet, odeur/ordeur);

  • des substitutions (chauffeur/faucheur);

  • de la contamination (dorure/rorure, palier/papier);

  • une lecture du texte lente, hésitante, saccadée, avec un débit syllabique;

  • une difficulté à saisir le découpage des mots en syllabes, une ignorance de la ponctuation.

Sur le plan de la compréhension, le dyslexique ne saisit qu’un sens partiel, ou pas de sens du tout, de ce qu’il a déchiffré; le message du texte lui échappe totalement ou partiellement. Il n’aime pas lire et rejette souvent les matières ou les activités qui font appel à l’écrit.

On rencontre le plus fréquemment des cas où il y a conjonction de ces deux types de troubles, c’est-à-dire où le décodage et la compréhension sont déficients.

Les anomalies les plus fréquentes découlant de la dysorthographie (trouble de l’écriture) se manifestent par:

  • des fautes d’orthographe et des difficultés à l’écrit semblables à celles du dyslexique;

  • d’autres anomalies particulières à la mise en écrit (encodage);

  • des erreurs de copie (des mots);

  • des économies de syllabes (semblable/semble);

  • des découpages arbitraires (l’ égume, il sé lance);

  • des omissions (bébé/bb, liberté/librt);

  • des mots soudés (l’image, limage, son nid/soni);

  • des fautes de conjugaison, de grammaire, d’analyse;

  • une lenteur d’exécution, des hésitations et une pauvreté des productions.

Les causes

Les neurosciences, en particulier la neuropsychologie, ont fourni une meilleure connaissance des mécanismes du langage humain qui se situent à un niveau « supérieur » dans le fonctionnement général du cerveau. Ces mécanismes sont très complexes et mettent en jeu des fonctions cérébrales multiples. Les dyslexies et les dysorthographies sont dues à un mauvais fonctionnement de ces mécanismes fondamentaux du langage écrit, et notamment:

  • des fonctions langagières proprement dites (réseaux particuliers à la lecture/compréhension);

  • des fonctions permettant l’acquisition et l’utilisation du langage (attention, mémoire, notions d’espace, notions de temps, capacités de logique, de séquentialisation, d’abstraction, etc.).

Les dyslexies/dysorthographies sévères se manifestent généralement dès le cours primaire, alors que les atteintes plus légères peuvent passer longtemps inaperçues et ne se révéler qu’ultérieurement.

Ces troubles du langage écrit sont internationalement reconnus et classifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il est établi qu’ils concernent entre 8% et 10% des enfants qui fréquentent des classes ordinaires – troubles légers inclus – et qu’ils affectent 3 à 4 fois plus de garçons que de filles. Cette fréquence est stable dans l’histoire des données connues et atteint de la même manière toutes les populations.

Le dépistage et le diagnostic

Il est indispensable que le diagnostic se fasse le plus tôt possible, de préférence dès la maternelle, afin que soient recensés les signes prédictifs des difficultés pouvant au survenir moment des apprentissages du langage écrit. L’élève doit être suivi étroitement tout au long de son cours primaire afin d’éviter que l’échec s’installe. Le dépistage ne doit pas être effectué uniquement par l’école. Il faut que les parents, l’entourage, le médecin de famille et les enseignants s’associent dans cette tâche capitale.

La dyslexie est une des principales causes de l’échec scolaire et, plus tard, de l’échec professionnel et même social. Dans bien des cas, les attitudes développées par l’environnement familial, scolaire ou professionnel envers l’enfant sont inadaptées. Ceci entraîne alors chez l’enfant un dégoût pour l’écrit et un désintérêt progressif pour les matières qui demandent un effort de lecture. Dans ces conditions, le langage reste pauvre, le travail se fait lentement et on observe une fatigue et une difficulté à transcrire le contenu de la pensée et à intégrer le discours des autres. Il importe donc de diagnostiquer la dyslexie, de la comprendre et de fournir à l’enfant qui en est atteint les outils nécessaires à son adaptation afin d’alléger sa souffrance. Il est indispensable que le diagnostic soit fait par un spécialiste, la nature, l’intensité et le contexte des troubles étant très variés. Une fois le diagnostic posé, on commence l’étape des examens qui seront d’autant plus complets et pluridisciplinaires que les troubles sont complexes et sévères.

La rééducation

Les élèves dyslexiques doivent bénéficier d’un programme personnalisé d’orthopédagogie et, au besoin, d’orthophonie axé sur leurs forces, leurs faiblesses, leurs intérêts et leur style d’apprentissage. Dès la maternelle, une intervention peut être faite sur le plan phonologique, la phonologie étant le traitement des sons quant à leur fonction dans la langue. Quant à l’intervention de l’orthopédagogue, elle commence habituellement dès la première année scolaire afin de favoriser l’intégration du code écrit.

Les interventions orthopédagogiques doivent être suffisamment intensives et durer une période de temps assez longue pour permettre à l’élève de développer ses capacités.

Le pronostic

L’évolution des troubles du langage écrit va dépendre de plusieurs facteurs qui varient en fonction des enfants concernés et selon:

  • le type de dyslexie/dysorthographie;

  • l’intensité des troubles (les troubles sévères sont évidemment plus résistants à la rééducation);

  • la précocité du dépistage;

  • l’existence, la régularité et l’intensité de la rééducation qui peut durer plusieurs années;

  • les soutiens visant la motivation, la réparation des vécus d’échec, la réhabilitation de l’écrit et de l’école qui est perçue très souvent jusque là comme un lieu de punition;

  • la vigilance, la coopération et la coordination entre la famille, l’école et les rééducateurs.

Dans de bonnes conditions de traitement, d’environnement et de soutien, les troubles dyslexiques et dysorthographiques s’atténuent et peuvent pratiquement disparaître s’ils sont d’intensité légère. Dans les cas sévères, il restera toujours une faiblesse à l’écrit, mais le rendement sera considérablement  amélioré et moins handicapant, permettant même l’accès à des études et à des informations intéressantes.

Extrait de « Les troubles d’apprentissage: comprendre et intervenir »
Auteures: Denise Destrempes-Marquez et Louise Lafleur
Éditions Hôpital Sainte-Justine, 1999