TDA/H et les Troubles associés

Les personnes qui éprouvent un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ont parfois d’autres troubles associés. Aux États-Unis, des statistiques révélatrices indiquent que près de 70 pour cent des personnes atteintes d’un TDAH sont également touchées par un trouble d’apprentissage ou de comportement.

 

Il est essentiel que le diagnostic soit précis si l’on soupçonne la présence d’un TDAH chez l’individu. Identifier ces troubles associés devient essentiel, puisque l’existence d’un autre dysfonctionnement peut nécessiter des variations dans le traitement ou la médication. De même qu’un TDAH négligé peut entraîner des problèmes persistants, les autres troubles ignorés sont souvent source de frustrations inutiles chez les personnes et les familles impliquées dans la problématique du TDAH.

 

Lorsque des troubles associés sont présents, elles varient considérablement selon l’âge et le sexe de l’individu. Chez les enfants, les troubles d’apprentissage et le trouble d’opposition avec provocation sont les plus répandus: ils s’accompagnent très souvent de troubles du comportement, de dépression, d’anxiété et de tics.

Chez les adolescents et les adultes, la toxicomanie et les troubles dépressifs sévissent davantage. On ne remarque pas toujours, dans les manifestations des troubles mentaux, qu’il existe des contrastes évidents opposant les hommes et les femmes. Dans leurs comportements, les femmes et les jeunes filles irriteront moins souvent leur entourage, puisque l’incidence chez elles du trouble d’opposition est moins fréquente; toutefois, leur santé mentale est souvent plus touchée par la dépression ou l’anxiété.

Pour traiter efficacement les troubles associés, les cliniciens et les patients devront reconnaître les symptômes et comprendre quels bénéfices et quels risques apporterait leur traitement.

Troubles d'apprentissage

Les troubles d’apprentissage (TA) sont distincts du trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) mais leur concomitance touche jusqu’à 25 pour cent des enfants, ainsi que plusieurs adultes. Puisqu’un trouble interagit souvent avec l’autre, les symptômes notés dans le comportement peuvent être difficiles à traiter. Les TA nuisent à l’acquisition, la rétention, la compréhension, l’organisation ou l’utilisation de l’information verbale et non verbale. Ils entravent l’aptitude d’une personne à interpréter ce qu’elle voit et entend; d’autre part, le lien entre les différentes fonctions du cerveau est moins évident.

Les troubles d’apprentissage sont source de déficits sur le plan organisationnel et social; le sujet éprouve plus de difficulté à saisir le point de vue d’autrui. On dépiste souvent ces troubles en raison d’échecs scolaires répétés. Les troubles d’apprentissage peuvent s’associer à des troubles de l’attention, du comportement, de la vie sociale et affective, ainsi qu’à des déficits d’ordre sensoriel ou autres dysfonctions physiologiques.

Dépression

 

Le TDAH s’associe fréquemment à la dépression. Environ 10 % à 30 % des enfants et plus de 45 % des adultes sont ainsi touchés par cette double problématique, dont les symptômes se reconnaissent au manque de concentration, à la tristesse, à une estime de soi insuffisante et aux tendances suicidaires.

Trop souvent, ces symptômes sont confondus avec la colère, la timidité, un manque d’organisation ou de motivation, de l’obstination, de l’irritabilité, etc.

 

Le problème de l’humeur qui sévit dans le TDAH peut être subtil, au point de laisser croire à la dépression, mais il est plus grave que de simples changements d’humeur dans la vie quotidienne. Il ne suffit pas de traiter seulement l’une des deux problématiques: pour plusieurs, il faudra prescrire des médicaments traitant les deux dysfonctions.

Anxiété

Plusieurs personnes atteintes d’un TDAH souffrent également d’une anxiété chronique (environ 30 % des enfants, ainsi que 25 % à 40 % des adultes). Ces personnes éprouvent une inquiétude excessive au sujet de leurs activités et relations interpersonnelles; elles redoutent leurs oublis légendaires quant à leurs obligations, leur comportement rêveur, leurs paroles ou leurs gestes impulsifs ou leurs retards réitérés.

Elles peuvent ressentir le stress et la fatigue, elles sont tendues et privées de sommeil réparateur. Certaines vivront de graves attaques de panique. C’est pourquoi une double médication sera nécessaire au traitement des deux dysfonctions.

Toxicomanie

De récentes études ont noté chez les jeunes atteints d’un TDAH une plus forte propension au tabagisme précoce, à l’alcoolisme et à la toxicomanie. Ces adolescents fument deux fois plus que leurs pairs. Sans diagnostic, plusieurs de ces jeunes ignorent la raison de leurs maux.

Ces adolescents ont souvent recours à des substances diverses pour échapper à leur souffrance psychique ou physique, pour se détendre ou imiter leurs camarades. Lorsque cette consommation devient abusive, ils sombrent dans la maladie. Il importe donc, au cours de l’évaluation, d’examiner une à une les raisons sous-jacentes de cette toxicomanie, dont le TDAH. Le traitement précoce du TDAH peut réduire l’incidence du tabagisme et de la toxicomanie. Des études cliniques ont démontré que le recours à une médication stimulante réduit aussi la propension au tabagisme. Plusieurs recherches internationales ont permis de constater que cette pharmacothérapie n’augmentait aucunement les probabilités d’une toxicomanie éventuelle. Les personnes atteintes d’un TDAH et souffrant de toxicomanie doivent bénéficier d’une intervention multimodale exhaustive, y compris des soins parallèles en santé mentale.

Comportements à risque élevé

Le TDAH incite souvent l’individu à vivre des situations stimulantes. La personne hyperactive recherche constamment l’action, à l’opposé des personnes rêveuses et hypo-actives. L’enfant ou l’adolescent hyperactif et déficitaire en attention sera avide de situations nouvelles, d’expériences exaltantes. S’il s’ennuie dans le calme plat, le jeune inventera lui-même des divertissements par son comportement perturbateur à l’école ou par des courses au volant. Les adultes rechercheront un environnement stimulant, feront beaucoup d’exercice, créeront des échéanciers à très court terme, ou s’impliqueront dans des activités périlleuses telles le « bungee », voire même dans le jeu ou le libertinage.

Comportement agressif avec provocation

Certains comportements agressifs ou provocateurs peuvent s’associer au TDAH. Chez les enfants, il s’agit du trouble d’opposition avec provocation (présent chez environ 40 % des enfants atteints du TDAH), ainsi que du trouble de comportement (chez 25 % des enfants atteints du TDAH). Le trouble d’opposition avec provocation donne souvent lieu aux argumentations verbales adressées aux adultes: le jeune piquera des colères, refusera de suivre les règles, blâmera les autres, agressera délibérément les gens, se fâchera, sera vindicatif, voire malveillant.

Chez l’enfant qui n’a qu’un TDAH, on n’observera pas cette préméditation si caractéristique du trouble d’opposition ou du trouble de comportement.

Le jeune souffrant du trouble de comportement a tendance à contrevenir aux règles établies, tout en échappant à l’autorité: cruauté à l’égard des animaux, destruction de propriété, mensonge, vol, fugues, école buissonnière ou insubordination aux consignes. Ce comportement est souvent taxé de délinquance.

Les enfants souffrant d’un trouble associé de comportement mèneront des vies plus difficiles que ceux dont les troubles se limitent au TDAH. Chez les adultes, de tels symptômes feront redouter une personnalité antisociale.

Le diagnostic d’une personnalité antisociale permet parfois de découvrir un TDA/H. L’individu repousse constamment les limites, enfreint la loi, ment ou triche. Il bénéficiera souvent du double traitement des deux dysfonctions susmentionnées.

Problèmes émotifs

Des années d’efforts et d’échecs répétés à l’école, à la maison ou dans la communauté peuvent souvent nuire à l’estime de soi. Les soupçons de paresse ou de déficience intellectuelle qui pèsent contre elles peuvent mener les victimes du TDAH à exprimer leur ressentiment, devenir agressives, se batailler ou frapper sans réfléchir. D’autres intérioriseront leurs sentiments et souffriront de dépression, ou se sentiront dévalorisées. Dans certains cas, la somatisation du problème causera des malaises tels les maux de tête, ou d’autres symptômes physiques. Certains croiront ne pas mériter le succès et anticiperont irrémédiablement l’échec.

Il est souvent aisé de limiter la personne atteinte du TDAH à des caractéristiques péjoratives. Rappelons toutefois ses atouts: spontanéité, créativité, curiosité, indulgence, cordialité, résilience, audace, débrouillardise, ingéniosité, loyauté, sincérité, énergie, intuition, confiance, sens de l’humour. Certes, ces personnes tendent à oublier ou à outrepasser les tâches et les consignes imposées par l’autorité, et elles font souvent preuve de désorganisation et d’inattention. Mais elles possèdent des aptitudes inouïes, qui méritent d’être exaltées. Pour favoriser chez elles l’épanouissement, on devra exploiter cette activité exubérante, cet esprit curieux et cette nature sensible.

Grâce au diagnostic approprié, la plupart des troubles associés peuvent être traités conjointement en combinant counselling, stratégies compensatoires, médication et adaptation scolaire.

Source: Association canadienne des troubles d’apprentissage et Association québécoise des troubles d’apprentissage.